Famille, je vous aime… ou pas
La famille.
Dans les thérapies, elle est là. Beaucoup. Parfois même lorsqu’on ne l’attendait pas.
Elle apparaît dans les relations que nous entretenons aujourd’hui avec nos parents, notre fratrie, nos grands-parents ou nos enfants. Elle apparaît dans ce qui nous a été transmis, dans ce que nous souhaitons conserver et dans ce que nous cherchons, au contraire, à ne pas reproduire.
Elle est présente dans les souvenirs heureux, les appartenances, les solidarités et les transmissions. Mais aussi dans les conflits ouverts ou larvés, les non-dits, les blessures anciennes, les difficultés de reconnaissance, les places que l’on nous a attribuées et celles dont il est parfois bien difficile de sortir.
La famille est à la fois un lieu d’attachement et l’un des premiers espaces dans lesquels se construit notre identité relationnelle.
C’est là que nous faisons l’expérience de la proximité, de la dépendance puis de l’autonomie. Là que nous apprenons quelque chose de notre valeur, de notre place, de la confiance, de la sécurité, du conflit, de la réparation. Là aussi que peuvent se construire certaines blessures qui continueront longtemps à influencer notre manière d’être avec les autres — et parfois avec nous-mêmes.
Une histoire qui ne s’arrête pas lorsque nous devenons adultes
Grandir ne signifie pas sortir psychiquement de sa famille.
Nous devenons adultes, construisons des relations, des couples, parfois notre propre famille. Nous élaborons nos valeurs, faisons des choix différents, remettons quelquefois en question ce qui nous a été transmis.
Et pourtant, les relations familiales conservent une puissance singulière.
Il suffit parfois de quelques jours ensemble pour retrouver une irritation oubliée, une ancienne rivalité fraternelle ou cette impression étonnante d’avoir soudain quinze ans alors que l’on en a quarante-cinq.
À d’autres moments, les enjeux sont beaucoup plus profonds.
Certaines personnes cherchent encore, à l’âge adulte, une reconnaissance parentale qu’elles n’ont jamais véritablement obtenue. D’autres tentent de comprendre pourquoi une relation avec un père, une mère, un frère ou une sœur continue à les faire souffrir. Certaines découvrent des répétitions transgénérationnelles dont elles n’avaient jamais eu conscience. D’autres encore doivent apprendre à poser des limites là où la famille considérait jusque-là qu’il ne devait pas y en avoir.
Et devenir soi-même parent vient parfois rebattre toutes les cartes.
Parce qu’élever un enfant oblige aussi à revisiter, consciemment ou non, l’enfant que nous avons été et les adultes qui nous ont élevé·es.
Toutes les difficultés familiales ne sont pas de la toxicité
C’est aussi l’une des raisons de cette série.
Le vocabulaire psychologique s’est largement diffusé dans l’espace public. C’est une bonne chose lorsqu’il permet de mieux comprendre certaines expériences. Cela devient plus problématique lorsque toute difficulté relationnelle finit par être qualifiée de « toxique ».
Une famille peut être agaçante, maladroite, intrusive par moments, traversée de conflits, empêtrée dans de vieux fonctionnements ou peu habile à accepter les changements de ses membres sans pour autant constituer une famille toxique.
À l’inverse, certains fonctionnements familiaux peuvent réellement être destructeurs : emprise, dévalorisation répétée, violence psychologique ou physique, culpabilisation, instrumentalisation, absence de respect des frontières, négation systématique de l’expérience de l’autre…
Tout ne se vaut pas. Et tout ne se nomme pas de la même manière.
Comprendre les relations familiales nécessite donc de sortir de deux représentations opposées mais également simplificatrices : celle selon laquelle « la famille, c’est sacré » et devrait être préservée à n’importe quel prix, et celle selon laquelle toute relation imparfaite devrait conduire à couper les liens.
Entre ces deux extrêmes existe toute la complexité des relations humaines.
« Famille, je vous aime… ou pas »
C’est cette complexité que je vous propose d’explorer au fil de cette série.
Nous partirons de situations très ordinaires : les vacances en famille, par exemple, et cette étrange capacité qu’ont quelques jours de cohabitation à remettre chacun et chacune dans des places que l’on croyait abandonnées depuis longtemps.
Nous parlerons des relations entre parents et enfants devenus adultes, de reconnaissance et de différenciation, des places dans la fratrie, des frontières familiales et de l’intrusion.
Nous nous intéresserons à ce qui se passe lorsque nous devenons nous-mêmes parents et que nos choix éducatifs viennent rencontrer — et parfois confronter — ceux de la génération précédente.
Nous parlerons des loyautés familiales, de la culpabilité, des secrets et des non-dits, de ce qui se transmet d’une génération à l’autre, parfois sans que personne n’en ait véritablement conscience.
Nous nous demanderons aussi ce que signifie poser une limite à sa famille. Pourquoi cela peut être si difficile. Pourquoi certaines familles l’acceptent et pourquoi, dans d’autres, toute tentative d’individuation est vécue comme une trahison.
Et puis nous irons progressivement vers les situations les plus douloureuses : les fonctionnements familiaux réellement dysfonctionnels, les violences intrafamiliales, l’emprise, les relations parentales destructrices et cette question souvent extrêmement difficile en thérapie : peut-on, doit-on parfois prendre de la distance avec sa propre famille ?
Il ne s’agira ni de distribuer les bons et les mauvais points, ni de chercher des coupables dans toutes les histoires familiales.
Il s’agira de comprendre.
Comprendre comment une famille construit ses équilibres. Comment elle distribue les places. Comment elle transmet. Comment elle protège. Comment elle peut aussi blesser. Comment certains fonctionnements se répètent. Et surtout, comment une personne devenue adulte peut progressivement distinguer ce qu’elle a reçu, ce qu’elle souhaite conserver et ce qu’elle décide de ne plus transmettre.
Parce qu’au fond, devenir adulte dans sa famille ne consiste peut-être pas à cesser d’en faire partie.
Cela consiste à pouvoir y appartenir sans devoir renoncer à être soi.
Famille, je vous aime… ou pas.
Une série de Parlons Psychologie consacrée à ce lien particulier entre tous : celui que nous n’avons pas choisi à l’origine, mais avec lequel nous devons, un jour ou l’autre, apprendre à composer.
